Pourquoi je me sens davantage auteur qu'écrivain ...

Antoine Duclercq Par

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Ce qui m’anime en tant qu’auteur naît d’un mouvement intime, loin des attentes et des cadres du milieu littéraire. C’est pour cela que la question « auteur ou écrivain » occupe une place centrale : elle dit la source réelle de mon geste. Écrire, pour moi, n’est pas produire un livre : c’est tenter de rejoindre ce qui, en moi, demande à être dit. 

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Il y a, dans les mots que nous choisissons pour nous nommer, une manière de dire le monde et de nous y tenir. Écrivain et auteur semblent parfois se confondre, comme deux silhouettes marchant dans la même direction. Pourtant, leurs pas ne tracent pas le même chemin.

L’écrivain descend du scribe. Il porte encore en lui l’ombre du copiste, du travailleur de la langue qui répond à une commande, à une attente, à un marché. Son geste s’inscrit dans une économie : il faut plaire, il faut se conformer, il faut entrer dans le genre, dans la tendance, dans la saison littéraire. L’écrivain est pris dans un jeu de miroirs où l’on guette la reconnaissance, où l’on espère l’écho du milieu, où l’on se mesure aux prix, aux concours, aux vitrines des grandes enseignes. Il peut être artiste, bien sûr, mais il ne l’est pas nécessairement. Il est souvent un professionnel de l’écriture, un acteur du monde éditorial, un artisan du texte soumis à ses règles visibles et invisibles. 

L’auteur, lui, vient d’un autre lieu. Son nom porte en lui augere, « faire croître ». Être auteur, c’est se tenir dans un espace intérieur où l’écriture n’est pas un métier mais un mouvement. C’est une discipline qui ne répond pas à un plan de carrière, qui ne cherche pas à occuper une place, qui ne s’inscrit pas dans une stratégie.

L’auteur n’attend pas la reconnaissance : il cherche la rencontre. Il ne vise pas l’effet : il poursuit une vérité. Il ne dépend pas du milieu : il dépend de son élan.

L’auteur est celui qui augmente l’être. Il peut écrire, danser, composer, peindre, filmer — peu importe la forme, c’est le geste qui compte. Il travaille dans la profondeur, dans la lenteur, dans la part invisible de soi. Il ne cherche pas à s’ajouter au monde, mais à l’habiter autrement. Il ne produit pas : il engendre. Il ne fabrique pas : il révèle.

Je me sens auteur parce que l’écriture, pour moi, n’est pas un métier mais une traversée. Parce qu’elle ne vise pas l’avoir mais l’être. Parce qu’elle ne répond pas à une demande mais à une nécessité. Parce qu’elle ne cherche pas à séduire mais à dire. Parce qu’elle ne s’inscrit pas dans un marché mais dans une vie.

Être auteur, c’est faire croître ce qui, en soi, demande à naître.