Lorsque je ferme les yeux, les images et les impressions se glissent dans ma mémoire, s’ordonnent doucement, et le voyage s'actualise comme un passé revisité. Ispahan m’absorbe. Sa beauté suspend le temps. Les voix, les pas, les gestes de ses habitants lui donnent chair, soufle et un romantisme discret. Je me laisse porter par les lignes de la ville, ses coupoles, ses ponts, ses jardins, ses bazars. Tout semble surgir selon un ordre secret, patient, presque invisible. L’eau relie ce qui paraissait séparé, suspend le temps, et le passé et le présent se mêlent dans un murmure silencieux. Comme un monde en sept mouvements, la vile se révèle peu à peu, forme après forme, lumière après lumière, espace après espace.
Choisie en 1598 par le shah Abbâs Ier, Ispahan n’est qu’une des dix capitales successives de la Perse, mais elle devint vitrine d’un empire où art, commerce, religion et urbanisme circulent en harmonie. Ispahan, la moitié du monde, restitue pourtant complet, un monde sans lacune, sans insuffisance, sans limite, où matière et esprit ont élevé l’homme à un degré supérieur de civilisation.
Ici, la créature, colaborant à sa propre création, prend l’ascendant sur son créateur. Chaque regard, chaque soufle, chaque pas participe à sa magie. Chaque instant raconte le temps, patient, vivant, silencieux, profondément humain.