L'Inattendue(e)

L inattendue 1

 

Il est des instants où la vie se défait pour mieux se recomposer. Konrad Vandenberghe, frappé par un AVC, s’enfonce dans le silence du coma. À son chevet, Bénédicte veille — présence aimante, mais bientôt ébranlée par un secret qui fissure l’ordre des jours. À son réveil, les mots se mêlent aux mirages ; la mémoire s’effrite, le passé s’efface. Alors commence pour Konrad une lente remontée du fleuve, des Flandres à Bucarest, à la recherche de ce qu’il fut, de ce qu’il a perdu, et de celle — ou celui — qu’il n’attendait plus.

Roman du crépuscule, L’Inattendue est une méditation sur le temps qui décompose et restitue, sur les blessures de l’âme et les visages de l’Autre. Chaque épreuve devient passage, chaque rencontre un miroir. Car nul ne peut accéder à soi sans traverser le regard de l’autre.

Telechargement« Un écrivain, c’est quelqu’un qui est à la fois dedans et dehors, qui se sent un peu étranger au monde réel, qui se pose des questions. » — La Voix du Nord, 1er janvier 2015

Antoine Duclercq interroge ici les origines, la filiation, le rapport à l’autre — ces territoires intérieurs qu’il arpente depuis toujours. L’Inattendue s’inscrit dans cette géographie intime où la mémoire devient voyage, et le voyage, révélation.

Format : 14,8x21 cm - Pages : 382 pages  Prix : 20 euros 

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Incipit liber

J’ai été… et voici quelques mois… tout s’est arrêté. 

Chute à la renverse. Quand je me suis redressé, tout était  à refaire. Impression de vivre dans une chambre noire. Composée de deux pièces hermétiquement ajustées, je la présume grosse de secrets. Par l'extrémité de l’une, la lumière projette dans l’autre mon image inversée. J’envisage désormais les êtres et les choses autrement.

Il y a quelques semaines, j’ai été mis en invalidité. J’ai démissionné de mon mandat de maire. Le regard jubilatoire de mon premier adjoint ne m’a étonné qu’à moitié. S’il savait ! Les structures sociales s’incrustent en nous. Qu’il est bon de s’en défaire ! Vaine prétention que l’ambition de devenir quelqu’un.

Depuis l’enfance, j’éprouve le besoin de vivre sous un nom d’emprunt. Vivre au centre de l’océan circulaire, regard grand ouvert à tous les horizons. Robinson n’est pas tout à fait une fiction. Remis sur pied par la médecine, je réside au sommet d’un mont clôturé par la plaine.

Nécessaires comme l’eau à la vie, l’amour et l’amitié se sont raréfiés. Quelques chaloupes viennent encore m’accoster.

L’amitié, elle disparaît quand celui qui est aimé tombe dans le malheur ou quand celui qui aime devient puissant. Mes visites les plus fréquentes  sont thérapeutiques : médecin, kinésithérapeute et orthophoniste. Elles m’imposent leur tempo. De la sorte, je réapprends à aller. Du fauteuil au déambulateur, du déambulateur à la canne. La musique me rééduque à l’harmonie. Ample, souple et colorée, la musique m’anime et me fait sautiller comme un gentilhomme.

 

[1] François René de Chateaubriand, Vie de Rancé, 1844, Folio classique Paris, 1986

Je rêve de cours d'amour.

Chaque matin, l’aube pénètre en moi par les volets. Ma voisine Maria vient me les pousser. Passé, présent, futur, le cycle de mes planètes se confond avec les temps de ma grammaire. Le temps passé, il en reste maître par le souvenir; le  présent, il en use; l’avenir, il en jouit d’avance. Il se compose une longue vie par la réunion de tous les temps en un seul. Saurai-je me montrer digne de la sagesse de Sénèque ?   

Au centre et au sommet, je me sens hors de portée de la modernité. La modernité s’écoule sur l’autostrade qui vrombit au loin. Gorgée d'énergie fossile, elle assèche le ventre de la terre. C’est quoi au juste le monde moderne ? L’illusion d’être au centre de tout et au cœur de rien. M’en tenir à l’écart pour ne pas être broyé par les évènements. Pour ne pas être réduit à l’état de débris. Dans ce paysage où tout travaille, rien n’est au repos. Jamais. C’est pourquoi j’apprécie l’Irlande. Pour ses landes et ses tourbières où le temps macère la matière. Personne ne se croit obligé de s’y montrer affairé ou de jouer au riche. L’Irlande, tu dois t’y aimer pauvre ou la quitter.  C’est la condition à remplir pour s’y attacher. Mais ici, c’est à celui qui se montre le plus prospère.

Le monde d’en bas est régi par le manque, la frustration et le besoin de consomption. Soumis à l’arbitraire de la nouveauté, la modernité te vieillit autrement plus vite que la tradition qui te révise graduellement. Revêtir le lac. Se laver dans ses eaux. Consolé.

Ici, je me sens homme. Nouveau. J’éprouve sous mes pieds le puissant pivotement de la terre. Ma révolution se fait à rebours du soleil. Les astres gouvernent ma chorégraphie. Le temps des horloges est celui de l’action. Elle abuse les crédules qui croient que transformer la nature suffit à contenter. Me laisser revêtir de mousse et de lichen. La ramure du charme me donne la mesure de son réseau radiculaire. J’en éprouve la poussée foliaire. Croire, c’est croître.  Croire, c’est croître toujours. Comme l'aubier. C’est migrer, cerne par cerne, au centre de soi-même. Comme le duramen.  Sans cesser de s’expanser. 

Presse

Article la voix du nord 31 12 2014 1 er janvier 2015 1 optimi

Indicateur des flandres 04 02 2015 v2