Les territoires de ma mémoire

Les territoires de ma memoire

 

Les Territoires de ma mémoire est un roman où l’intime rencontre l’Histoire, et où la quête identitaire se double d’un véritable thriller mémoriel. Antoine Duclercq y suit le parcours de Léa Barron, l’une de ces enfants juifs cachés pendant la Seconde Guerre mondiale, recueillie et protégée par une famille française au péril de sa vie. Devenue adulte, Léa ressent l’urgence de comprendre ce passé fragmenté, de retrouver ses origines et de recomposer les territoires intérieurs qui ont façonné son existence.

Mais sa recherche la conduit bien au-delà de sa propre histoire. En remontant les traces de la filière d’évasion qui permit à ses parents — et à tant d’autres réfugiés — de fuir les persécutions, elle découvre qu’un collaborateur infiltré a dénoncé le réseau, livrant des familles entières dont ses parents à la Gestapo et à une déportation sans retour. Commence alors une enquête haletante, où Léa tente d’identifier celui qui a trahi, de comprendre ses motivations, et de mesurer l’étendue des drames qu’il a provoqués. Le roman devient une plongée dans les archives, les silences, les mensonges, les survivances de la mémoire collective et les ombres persistantes de l’Occupation.

Antoine Duclercq mêle avec finesse quête identitaire, réflexion philosophique et suspense historique, porté par une écriture sensible nourrie de ses voyages et de son regard humaniste. Les Territoires de ma mémoire interroge la manière dont les blessures du passé façonnent le présent, et comment la vérité — même douloureuse — peut devenir un chemin de reconstruction. 

Incipit liber

1 

Hiver 67

Abusée par les reflets du ciel, une grive musicienne vient se cogner contre la baie vitrée. Tu sors la recueillir et reviens la déposer sur le divan. C’est donc elle dont les trilles te réveillent, dont les phrases mélodieuses et sonores te ravissent. Ses paupières se décollent, ses petits yeux gris scrutent ton regard vert moucheté de bleu posé sur elle. Vous demeurez ainsi, muettes et immobiles, à vous observer. L’oiselle se redresse et se met à trottiner. Tu t’en retournes la déposer où tu l’as trouvée. La petite bête de s’envoler et disparaître. Tu replaces le diamant de ton électrophone au début du Choral en fa mineur de Bach que tu écoutais avant d’être dérangée. Inflexions, infimes fluctuations, frisson, sensation d’être visitée. Tu t’assois en tailleur au pied de la bibliothèque où tes albums sont rangés. Aucune photo de toi bébé.  Peine perdue Léa, elles ont été égarées. Tu te sens comme une plante en pot. Transplantée. Sur la première, tu te tiens droite comme un cierge. L’œil perplexe, tu fixes l’homme en blanc qui te verse de l’eau sur la tête, te trace un signe de croix sur le front. Tu es l’une des rares de ton âge à te rappeler la scène car l’usage en ce temps-là est de baptiser les enfants en bas âge. Tu ne t’expliques pas pourquoi les premières pages de ton histoire restent vierges. Dépourvues de commencement. Le soupçon d’abandon est un mal incurable. Pourquoi se tenir ici plutôt qu’ailleurs ? Sensation d’être portée par le flux d’un cours d’eau sans rivages avec pour seul ancrage ton foyer d’adoption.

 

 

Ton arrivée a ouvert à Robert et Sabine un regard sur la joie. Leur a fait découvrir une fertilité autrement plus féconde que celle dont la physiologie les a privés. Si tu t’interdis de t’attacher c’est qu’à l’intime de toi les racines sont fragiles. Trop fragiles. Quelque chose te retient de les appeler Papa et Maman. Les mots te restent bloqués dans la gorge. Que serait-il advenu de toi s’ils ne t’avaient pas recueillie ? En dépit de leurs attentions, tu te sens indigne d’accueillir leur amour. En attendant, tu ressasses tes albums, espérant y découvrir un indice de tes origines. Tu te sens désorientée, comme un pigeon voyageur sans compas, hésitant entre plusieurs directions. L’heure avance. Il faut se préparer. Il faut... Prendre soin de soi. S’apprêter à se coucher. On dit de toi que tu es belle, très belle. Les regards qui se portent sur toi en disent long même s’ils ne te souillent pas. L’entendre dire te déconcerte, te laisse sans voix. Ainsi les compliments que tu as surpris la veille au soir dans la bouche d’un client de Robert. Abel Turon - c’est son nom - s’appesantit sur son dossier, pose à Robert toute sorte de questions en même temps qu’il te parcourt de haut en bas. Tu portes une robe bleu électrique qui épouse ta silhouette admirablement. La nature t’a revêtue de grâce et de simplicité, ce sont là des attributs qui intimident et tiennent en respect. Ses yeux n’ont de cesse de te détailler. Tu ne montres aucun signe de gêne et te contentes de rester sur ton quant-à-toi. T

Qui étaient les enfants cachés ?

Les enfants cachés sont des enfants qui, entre 1940 et 1945, ont été hébergés clandestinement pour échapper aux rafles, à la déportation et aux politiques d’extermination nazies. Ils ont survécu grâce à des familles, des institutions religieuses, des réseaux de résistance ou de simples citoyens qui ont accepté de les protéger au péril de leur vie.

Pourquoi les cacher ?

Parce que les enfants juifs étaient directement menacés : arrestations, internements, déportations. Les cacher était souvent la seule chance de survie.

Identités modifiées

Beaucoup ont vécu sous :

  • un faux nom,
  • une fausse date de naissance,
  • une fausse religion,
  • parfois une nouvelle famille pendant plusieurs années.

Cette rupture identitaire a marqué durablement leur vie.

Combien étaient-ils ?

En France, on estime qu’environ 70 000 enfants juifs ont survécu grâce à ces dispositifs de protection. 

Après-guerre : un retour difficile

Pour beaucoup, la fin de la guerre n’a pas signifié la fin de l’épreuve :

  • familles disparues,
  • identités à reconstruire,
  • silence ou impossibilité de dire,
  • sentiment d’abandon ou de déracinement.

Leur histoire est devenue un enjeu majeur de mémoire, au croisement de l’intime et du collectif.

Commander

Presse

Voix du nord di 17 01 2019 les territoires a duclercq page optimisee